Google

This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project

to make the world's bocks discoverablc online.

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the

publisher to a library and finally to you.

Usage guidelines

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. We also ask that you:

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for Personal, non-commercial purposes.

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe.

About Google Book Search

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web

at|http: //books. google .com/l

Google

A propos de ce livre

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en

ligne.

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont

trop souvent difficilement accessibles au public.

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.

Consignes d'utilisation

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. Nous vous demandons également de:

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un quelconque but commercial.

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en aucun cas.

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.

A propos du service Google Recherche de Livres

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adressefhttp: //book s .google . coïrïl

1

' 1 ' ' ^ V* ^

\

LA MARQUISE

\ % ) W^ _ DE

CHATILLARD

Par P# li. fiacM»li

(BIBLIOPHILE).

\ t . ^

* l »,^ i ^l

I

u '

I

IDntf ihnr Ciition.

PARIS

IIBIOISE DUPONT, IDITIUII

7, RUS ririBKNB.

1845

a

»

^>'

(. 5

LA MARQUISE

DB

CHATILLARD.

, n

f u '•

m, *

rooisin , ncB me ne» , 'J.

LA MARQUISE

CHATILLARD

Par P. L. Jacob

vBIBLIOPHILK.

I

BrujrtfttM €l>ition.

PARIS.

AIBROISE DUPONT, ÉDITEUR

4, MUE VI VICK ME.

4839.

V

L\''3^ >n

«y

-i

I

LE RfiVnLIATIH.

En i770, n^était pas noble quiconque s*é^

veillait avant dix heures du ndatin ; et poui*-

t tant, le marquis de Chatillard , qui se piquait

de tenir de son père une aussi bonne noblesse

que les Montmorency , ne dormait plus depuis

le point du jour : ce devait être un bien grave

motif qui s'opposait à ce que son sommeil se I. 1

r

399029

■T >"

Vi VW

LA MABQUISE DE GHATILLARD.

prolongeât jusqu'à Theure ordinaire , c'est-à- dire jusqu'à midi, pour l'honneur du nom qu'il portait.

Les premières lueurs de l'aube filtraient à travers les volets rembourrés dans la chambre à coucher reposaient conjugalement le marquis et la marquise de Chatillard, lorsque, derrière les rideaux de l'alcôve mystérieuse- ment fermés , se lit entendre un profond sou- pir pareil à ceux de Niobé pleurant ses enfans; mais ce plaintif soupir n'eut pour écho qu'un éclat de rire plein de franchise et de gaieté. La marquise, qui ne tenait pas autant que son mari à l'observance des devoirs nobi- liaires , se souciait peu de l'étiquette du ré- veil I et fille s'étonnait plutôt d'âtre eppora au lit, lorsque l'Aurore avait déjà quitté la couche du vieux Titon : la ca^rqujfe m comptait p«p dix-huit £in$| le ipariq^is i^ av^t aif ^npi^fi î>Qixapte-(Jix 1

Boji pieu ! monsieur le iqarqfii$ , qii'a- vez-vous u soupirer de la sorte ? dît une petite

Yoix apgentJBe eMreeaopée de nouveaux Mal» de rîre.

Et ton&, madame la marquise, qu'avez- ▼ous i pire de la sorte ? reprit une \oix cassée et asthmatique , accompagnée de fréquens accès de toux.

Moi y monsieur le marquis , je ris, parce que vous soupirez, répliqua la marquise riant plus fort.

Et moi , madame la marquise , je sou- pire, parce que parce que vous riez, rç-,

partit le marquis en soupirant une secondis

*

fois avec angoisse.

AsaurémçQt , je rin Qt rirai ^ v^ MfVr pirs q^i se renowveliçqf chaq^«| Wldin | comme si voij^ étï^ le plqs n^^hevreui 4et l^ommes.

Vous r^vaf dit i madame, je mk le pl«g> i9a})iei|reux dû»- boimnes , et ce» scmi^îm, oàv vous trouvez tant à railler, n'expyiiiMWt pas mffii^amiaeiil to^t m qu'il -y a é^ bdbtease

4 LA MARQUIdB DE CHATILLAnD.

et Souvent de désespoir au fond de mon âme.

Bah ! monsieur le marquis, vous parlez ainsi pour \ous amuser i mes dépens , quand j'aurai eu la faiblesse de vous plaindre! Croyez-moi , ajouta-t*elle en soupirant à son tour» les personnes les plus heureuses ne sont pas celles qui ont souvent l'apparence la plus gaie ou la plus folle : ainsi , vous me voyez rire à bon marché, et vous vous imaginez que je suis ravie de mon sort, au point que je n'aie plus de souhaits à former? Je ne veux pas vous ôter votre erreur, monsieur le marquis.

**- Oh 1 je sais bien que les femmes ne sont jamais contentes ! Elles font peu de cas de ce qu^elles ont , au prix de ce qu'elles n'ont pas ; et si l'on consultait une reine, pour savoir ce qui lui manque et ce qu'elle désire avec des larmes , elle répondrait peut-être : Je voudrais être battue par mon mari comme la femme d'an savetier !

Le souhait ne serait pas indifférent , si

oette reine avait épousé j Jeutto et belle » uu . roi , fort )re$pectable d'ailleurs , maïs plus propre à faire le bonheur de ses sujets que celui.rd^une. femme qui vout.être gou¥ernée d'une autk*a manière , et qui s'aperçoit alors

des désagrémens de la royauté

-^ Tenez, vous êtes une ingrate^ madame la marquise ! interrompit M. de ChatîUard en s'agitant sous les couvertures avec une telle fougue , que la marquise recula en silenee i l'extrême bord du lit, dans Fatt^ate des évé* nemens annoncés par ce retour de jeunesse. Oui , . madame , une ingrate ! répéta4-il en prenant un ton radouci et presque suppliant. Bipassons , s'il vous plaît , ce que j'ai fait pour vous , puisque vous me forcez de faire valoir la reconnaissance que vous me devez , et dont vous vous acquittez assez mal : qui étiéz-vous, madame , avant que je vous honorasse de mon alliance? Vous étiez la fille cadette de la veuve d'un mousquetaire du roi-: vous n'aviez pas un sou de dot*, vous pouviez à peiùe pré^

6 LA MAaqUlflE DB CHA11LLARD.

tendre à épouser un eorneite de régimenl ira quelque procureur enridii par la chicane; vous vous seriez piutdt , pour ne pas déchoir^

elàlerrée dans un couvent de filles nobles

Le brillant avenir que c'était , si )e n'euisse changé tout cela !

Ah ! monsieur, que vous faites un mau- irais historiographe! reprit la marquise blessée de Tentendre reprocher des bienfoits qu'elle pensait avoir largement payés. Rectifions les {aîts, je vous prie^ pour nous mettre d'acmrd : .vous m'avea épousée sans dot > et je ne sais jusqu'où peut aller mon obligation pour ce mariage qui vous convenait sans doute; car c'est vous keul qui l'dvez cherché. Je vous dirai entre nous que , si j'avais eu plus d'ex- périence du monde alors et moins de défé- rence aux volontés de ma méire ^ je ne serais pas devenue votre troisième femme, quoique je sache bien n'avoir pas affaire à un nouveau Barbe-Bleue.....

Madame !. s'écria M. de Ghatifiard affligé

tS RÉVBII-IIATIK. 7

y de M rapprochetndut qui faisait naître d*é* franges idées. J'ai éu le malheur de perdre «eux teoiifies**» ••

Je iD^en lave les mains, monsieur marquis; et ce n'est pas l'objet de notre dé- bat. Je sbfs seulement eh humeur de vous prouver qUe vous ne m'avez pas épousée , eoittm^ tbtis dites, Sàtis dot et par grâce..... FI doUb ! étàte-jë d'ufie naissance et d*un &ge indignes de tiette alliance que vous me repro* ehefe et que je me rëproeherai!( davantage , si les regrets HVliient boh ail* éh ti» sortes Ûé ciMMea? Avei^vous la isémbire si nmttvaise que VMS oaMiec «e a'4al paaté l'an éfft^ nier» et oeéMrt œ sMVÎMiieftl tMH atMMutêY L'an dernier, je a'^tM fias pte laMe qu'Ail*' jourd'hui, ce me semble, et je n'ai vieîiUi que de douze mois depuis ce temps-là } juges i ma figure de dix'-huit ana celle que je vous ai (ap- portée en dot le jour de nos noces !....

le me soucie bi^ dis votre figure , Vf aâ*

y

8 LA MaRQUIS£ DB GHAXIUARO.

ment! Gd n'est pas pour vos beaux yeux, madame , que je vous ai prise !

Eh ! pourquoi donc, monsieur? puisque je n'avais rien de mieux à vous offrir, hormis toutefois ma noblesse qui vaut la vôtre

Votre noblesse n'a pas vingt*deux quar- tiers prouvés et vérifiés comme la mienne , mais elle est assez présentable néanmoins. Quant à votre beauté , je vous le dis tout net, c'est pour moi un meuble inutile. J'aurais préféré que vous fussiez laide à faire peur et que vous me donnassiez un héritier.. .

Un héritier ! s'écria la marquise de Gha-- tiUard qui se remit à rire avec d'autant plus d'abandon que le marquis recommençait à soupirer avec plus d'amertume.

Oui, madame, un héritier! répéta le marqm*s en lui serrant le cou comme s'il eût voulu l'étrangler et en la regardant d'un air sinistre.

Holà! prenez donc garde, monsieur! si

c*^8t aiiiii que tous espérez me contraindre à vous donner un héritier, vous m'étoulferei avfMmvant!

Pardon y madame la marquise, je n*ai pas voulu vous faire de mal ; mais quand je pense à mon malheur, je deviens presque in* sensé , je ne me connais plus.

Votre malheur ? Dieu merci ! je n*y suis pour rien, et même si j'avais pu vous obliger en quelque chose, je Taurais foit de bon cœur.

Madame , madame , ne raillez pas sur un pareil sujet ! Tenez, je sacrifierais la moitié de mes biens pour avoir un enfent !

En vérité, on croirait, à vous entendre,, qu'un enfant est la chose du monde la plus rare : il y a des gens qui en ont plus qu'ils ne veulent.

Vous voyez que je ne suis pas do ces gens-là? J'ai eu trois femmes, et pas une n'a daigné me rendre père !

«- Apparemment, monsieur le marquis, que

lO tk HASQClflE DK GHATIUARD.

f om n'avei pas daigné les rendre tnères Y 9<3m ma part, je Favoue, j'aurais été fort aise de me voir grosse , car un enfant m'eût preewé beaucoup de consolation, surtout dans un temps, encore éloigné, je ne serai plus jeune, je n'aurai plus la danse, la musique, la galanterie pour me distraire. On vieillit tôt

ou tard , et lorsqu'on est arrivé , on se sent

«

bien seul , si Ton n'a pas une affection ten- dre et solide à la fois , qui survive à toutes les autres... Ah ! monsieur marquis, quelle

existence que celle d'une vieille femme sans enfant !

A quoi sert un enfant à une femme , je vous te demande? Est-ce qu'une femme a un itokh & perpétuer? Yôus auriez dit enl^tià, par exemple, aucun d^eui ne se nommei^ait de même que vous , et le nom de votre fa- mille, GafUer de Melvais^ s'éteindrait > st vous n*àtiet pas un frère^ qui se chargera de le nm^ server.

-*- Vern ôtes étràflige avec vos idéei^ sur

rimporfauiee de la ceaservation d'im non! Qi serait le nom d'un Gondé ou d'on Turenne» pasée encore 9 mais...

Allons, madame la marquise, ne paHël pdii ce que tous ignorei : uh nom nbblê et ancien est le t)lus prëeieut héHtegequ'bn ^êt*è puisse léguer k bott fils !

)e me réjouis sans doute de n*ètre pas fille de Ramponneau ou de quelque honnête marchand qui m'aurait enchaînée dans un comptoir au fond d'une boutique noire et puante; mais lorsqu'on est dans notre classe , tous les noms se Ressemblent , et peu importe que ce soit celui-ci ou celui-là.. .

Tous les noms se ressemblent! s'écria M. de Ghatiliard en se redressant sur son séaat et en croisant les bras sur sa poitrine avec un air superbe et indigné. Savez- vous , ma- dame ^ que vous blasphèmes contre Tillustre nom que je vous ai donné en partage? Tous les noms se ressemblent! Grand Dieu! En

Il MAR<2U1S£-DE CHATIIXA.RD.

trouverez-Yous beaucoup qui ressemblent au mien ; qui sonnent mieux à l'oreille ; qui se recommandent par une plus glorieuse ancien-*

I Jicl>t3

-^ Vous m'interrogez là*dessus , comme si j'étais généalogiste de France ! Je ne vous con- tredirai pas , monsieur le marquis. . .

Je vous en déflorais bien ! Les seigneurs de Chatillard étaient déjà puissans et fameux en Dauphiné , à la fin du treizième siècle ; entendez- vous, madame? au treizième siècle! Combien avons-nous de familles qui remontent jusque-là? Mais, que dis-je? les Chatillard ont commencé avant l'an 1200, et notre au- teur, qui se nommait Aymar de Chatillard , premier du nom , a combattu héroïquement à la bataille de Bouvines. Ce sont des faits authentiques, irrécusables, et mon père, le digne gentilhomme! s'est occupé, toute sa vie , de nos ancêtres , en faisant dresser leurs généalogies, peindre leurs portraits, écrire leur histoire.... Vous avez admirer dans

<

I

lE RITEII.- MATIN. I^

im galerie les portraits de dix -huit Chatil- lard....

Ah! monsieur le marquis, ils sont si laklS) que je ne m'aventure pas à les regarder en face ! Leur plus grand mérite est de faire peur aux gens.

^ Voilà justement oe qui prouve leur res-* semUanee. Ces braves chevaliers, ces magis-' trats austères , ces prélats vénérables , sortis de la vieille souche des Chatillard de Dau*- pUné, n'étaient pas des freluquets, des damoî^ seaux , des abbés de ruelle ^ comme ceux d'à présent, tant il est vrai que tout dégénère. ..« Cette considération me consolerait jM^esque de n'avoir pas d'enfant, car si mon fils ne fai^ sait pas honneur à mon nom...

-^ VoQS' avez bien raison , monsieur : mieux vaut ne jamais avoir d'enfant que de s'exposer à mettre au monde un mauvais sujet.

* *^ Hélas , madame la marquise ^ vous vou- let donc que je sois le dernier des Chatillard !

]4 l'A MARQUISI Dl CIUTIUARD.

reprit le aiarquis en gém»fiant tout baa sur son infortune.

Héias! moi^sieur le marquis, ne suis-je pas foreée de vouloir ce que toqs vpqlex, puisque j -ai Thoaneur d'être yotre femme?

Je vous remercie, madaiod, répliqua Is marquis qui ma^shinait quelque grand dessein et qui ne paraissait pas sûr de réussir. Le

docteur eiunii.*.

I^e mettais pas >otre docteur Blitm sur le tapis , iiitpmiippil la marquise en éclatant de rire { car wvts g&teri^z les choses les plus sérientea*

^ l^ d«ptwr lAvp «st pouruuit no haWte hominef eontî^tta U^^t^ GhatHlaj^ qui $emn

blait réfléchir, çans écouter la marquise»

-rr* 04IÎ, un h^e homm^ q^i vous enverra an cin^tiér^ à fi)vee de drog^uon H de soto^ cQoseîUk» dit h marquise qm ^'efforçait d^

contenir son hilarité.

Un très tMàbile hamp^e! r^éta SAucde- ment le marquis en sai&is^nt Qpr la t^tble 4o

LE ftAVEIL -MATIN. l5

nuit une fiole à moitié vide qu'il épuisa d'un trait.

Nous verrons bien ! murmura madame de Chatillard qui mordait ses draps pour ne pas rire et qui laissait échapper de petits cris moqueurs.

Il faut que le diable s'en mêle ! grom- melait entre ses dénis le marquis dont la tète retomba sur l'oreiller.

r. -

It

LE CAlUPtMSR.

~ Nous sommes ensorcelés , madame la marquise ! s*écria le marquis de Ghatillard en se frap[>ant le front i deux mains.

Si je aTOÎs quelque moyen de vous exor- ciser^ monsieur le marquis, je le ferais 4e bon cœur, reprit la marquise ,qui s'abstenait de rire pour ne pas augmenter encore le déses-»

I. i

^^

l8 JLA MARQUIS! DE CHATILLAliB. .

poir de son mari. Mais, en vérité, vous vous affectez trop de ce petit contre-temps...

Comment, madame, vous appelez cela un petit contre- temps! Que .serait-ce donc qu'un grand, à votre avis? Petit contre-temps, ce qui empoisonne mon existence, ce qui abré* géra mes jours, ce qui me fait mourir de cha- grin! Oui, madame, «âîis a«itez bientôt Te plaisir d'être veuVe... * » ,

Eh ! monsieur, que vous me connaissez mal , si vous me nnppoBei capable de souhai- ter votre mort!... Je puis regretter que vous m'ayez épousée, parce que j'aurais trouvé un parti , sinon plus avantageux du côté de la fortune, du moins mieux assorti sous le rapport de Tâge; mais puisque la chose est f9ite.«.

Consolez -vous, je vous dis ! , . . la chose ae tardera pas i se défaire, car je sais bien que je ne résisterai pas à de pareilles secousses. «.

-^ Je le crois aussi, à vous parler net ; mais TOUS êtes bien libre d'y porter remède, en ne

U GAJLElPiDISTI. )9

suitant plut les ridicules ordoim^uces du doc- teur 01um...

Je les envoie à tous lé^ dii^bles ! repartit M. deChatilIard qui, saisissant la fiole presque .vide, restée sur la table de nuit , la lança in milieu de la chambre elle se brisa , en tachant les meubles et les tapis par ses écla* boussures .

Vous auriez mieux fait d'agir ainsi dès hier soir, répliqua la marquise qui avait le cœur trop bon pour se moquer d*une douleur véritable, exprimée par des larmes amères qu'elle sentait couler sur ses mains. 0ht monsieur, ne pfeurez pas ! ajouta-t'^elle avec ilB accent de pitié.

Que je ne pleure pas, quand voia moa nom qui s'éteint , ma race qui entre au tom- beau, tout un passé d'illustration nobiliaire qui n'a plus d'avenir!

Mon Dieu! qui le sait, monsieur le mar- quis ! Nous verrons peut-être en avril on en juin des merveilles que vous espériez voir en

Sta LA MARQUISE DE CHATILLARD.

janvier! Le teqdps, roccasion, le hasard sont de plus babilQS docteurs que votre vilain Blum et toute la faciiké allemande. Croyez-moi, laissez Vos drogues , ne pensez plus à ces folies*.

-^ Vous voulez que je ne pense plus à être père , à donner un descendant à la famille des Chatillard I Ce sera mon dernier vœu et ma dernière pensée!

*^ Vous me comprenez mal ; je vous prie seulement de vous fier davantage à la nature et beaucoup moins aux charlatans qui vous tueront. . .

-— A la nature ! Vous savez bien, madame, que je n'ai pas trente ans, ni quarmte, ni même cinquante; je suis un vieillard, hélas!

Sans doute, vous n'êtes plus jeune, monsieur le marquis, il en faut convenir; mais quand vous n'aviez que quarante et cin- quante ans, la chance ne vous était pas plus favorable, j'en prends à témoin vos deux* pre-

LE CULirÉDIdlE. 21

loières femmes qui n'ont guère servi u votre postérité.

-*- J'ai eu pourtant des enfans, madame» avant mon premier mariage, lequel se fit un peu t^f d , je Taboue I murmura le marquis.

Et ces enfans, sont-ils? dit vivement la marquise emportée par sa bonté naturelle. Pourquoi ne me les avoir pas amenés? Je 1^ recevrais comme une mère ou plutôt comme une amie, car ils doivent être plus âgés que moi, si leur naissance a précédé votre premier myiage.... Je serai fort aise de les connaître,

monsieur, et de m'en faire aimer pourvu

qu'ils ne ressemblent pas à votre filleul Lan- glade que je déteste de toutes mes forces...

Vous avez tort de détester ce pauvre jeune homme, répondit tristement M. de Glia- tillard que la haine de la marquise pour Lan- glâde contrariait visiblement. Il est orphdin , il n'a pas de nom , il a perdu tous ses parens, excepté moi qui lui tiens lieu de famiUe ; il ne sera jamais riche....

1

A3 tk MAnQUISE DB caATÏLLAED.

Je partagerais volontiers avec lui le bien que vous me laisserez un jour, s'il pouvait partir et ne revenir sous auoun prétexte dans Fendroit je resterai...

Que vous a-t-il donc fait, pour q^e vous le haïssiez avec tant de fureur ? dit d*un ton sec le marquis de Chatillard blessé de cette aversion quil n'Ignorait pas, mais que la mar- quise avait la discrétion de ne pas faire pa- raître devant lui. Dans le cas vous auriez quelques reproches à lui adresser.. .

Des reproches ! i cet homme I interrom- pit dédaigneusement la marquise. Il serait trop heureux s*il apprenait que je me plains de son odieuse conduite ! . . w

Quelle est cette odieuse conduite dont vous vous plaignez ? demanda le marquis atta- chant peu d'importance aux grie&de sa featme contre Langlade.

~ A quoi bon me plaindre , monsieur ? Vous 6tes trop aveuglé à Tégard de ce tné-

m CALUFÉDI8TE. »S

chant , pour que vous le jugiez avec les mémfls yeux que moi !

Gertaiaement , madame, je ne le jugerai pas, cômiue vous, aveofcet e^ît prévenu, ^ur enpâeho de jKihdFe avx geosl» jwtiite qu'ila méritent.

Souhaitez qu'on ne lui rende pu Mlle justif», mpj»sieur le marquis, «ir il faudrait que mon firére ou quelque autre k payât d'vP ou deux coup» d'épée.

Ah! madame, vous prenez un lan- gage qui ne sied guère à votre, caractère ! ^|^s j'iinaginâ que vous ne parlez pas sérieuse- ment.

Très sérieusement, je vous assuré j et puisque vous m'obligez à justifier ces paroles, je vous déclare que .je ne sais rien de -plus sc^ I infôme, qîiè ce otre maison et qu re, pbur m'ou- tra

ta marquiMl

1

24 LA MA&QU18$ DE CHAl'IIXARD.

, s'iM)ria ie tnarquis ému de colère et un momeut ébranlé dans la conûance qu'il accordait à son iiUeul.

Yous ne me croiriez pas , monsieur, ^t d'aiHeurs je me garderai bien de vous affliger, sans avoir la certitude d'être délivrée d'un misérable...

Hadame! quel plaisir trouvez-vous à m'offenser moi-même, en traitant ainsi une personne à laquelle je m'intéresse, et qui pourtant me serait plus chère , si elle avait l'honneur devons plaire?... Un misérable! Vous oubliez que je fus son parrain et qu'il ne m'a presque pas quitté depuis son en- fance....

Je n'oublie pas mon devoir, monsieur le marquis, et je vous demande la permission de me taire toujours comme je me tais au- jourd'hui. .

V

Allons , mad6mè > de l'indulgence ! Je prétends faire. votre paix avec un brave gar-

4011 qui est, je n'en doute pas, désolé de cette brouille*. ^ip«

Il n'y a pas de l^rôuille, monsieur, pnvee qu'il n'y a rien de commun entre la BMrqmse de Cb^iUard et une espèce de

IWICvf

Langlade n^est»pas un valet, madame !a marquise ; je Fai mis à la tête de ma maison, avec les attributions d'un intendant, mais sans vouloir lui en imposer le jtitre. C'est mon ami , c'est mon filleul enfin, et vous lui devez certaines déférences en échange de son res- peci*

Son respect ! répéta la marquise avec un ricanement sardonique. Vous me feriez sortir des bornes ! . . . Ordonnez-lui donc qu'il me

respecte !

%

Je le lui ordonnerai, et devant vous

Je vais sonner pour qu'on Taj^Ue , et vous voudrez bien, en ma présence

Monsieur le marquis, ne sonnez pas!

â6 LA MAAQUISIS DE GHATILLAAD.

s'écria la marquise en lui retenant le bras au moment il tffiSti le cordon de la sonnette ; épargnei-moi plutôt la vue de ce monstre!

La fionaeite avait remiu pourtant un K^for son qui ne parvint pas jusqu'à l'antichamliie, mais qui avertit du réveil des époux un p«r- aonnage fort impatient^ de pénétrer jusqu'à eux. U frappa trois fois contre la porte avec le bout de sa cagne, et n'hésita pas à s'introduire lui-même, avani qu'on l'y autorisât. C'était.^ docteur allemand Blum^ attaché depuis dix ans au service particulier du marquis de Cha- tillard.

Ce docteur conservait à peu prés l'ancien costume de la faculté, quoique les comédies de Molière eussent fait abandonner en France cette livrée lugubre reléguée dans la garde- robe des théâtres ; il portait le chapeau à cornes , la canne d'ébène , le rabat de toile empesée, l'habit, la veste et les hauts-de- chausses de drap noir, les bas et les souliers

égtfeoMNit noirs > avec une houppelande en

LE GALtIPÉDISTE. â^

ratine de même couleur. H avait Tdir d'être continuellement en deuil de ses malades» quoiqu'il n'exerçât pas la médecine pratique ; il ne s'occupait que d'un seul objet , apparté- . nant à cette science des secrets si vantée dans les siècles d'ignorance, si curieusement ap^ profondie autrefois par quelques hommesl re^ marquables, et si dédaignée depuis par leg véritables savans : le docteur Blum, au lied d'apprendre Fart de faire mourir les gens, avait passé sa fie chercher l'art de fliire naître det enfttAs, et môme, de beaux enfans. U n'était pas , il est vrai , un exemple des rea- sources^e cet art appliqué phia heureusement aux peuleto et aux vers à soie qu'à l'espèee humaine ; car il gardait un eéiibat commandé par la condHion de son individu , et U s'avMak ioeapaUe de mettre en usage «es prodigieuais découvertes : une truie furteose avait renversé le berceau il dormait chez sa nourrice, et ce méchant animal semblait s'être ikit un plai* air d'enlever au callipédista futur lea moyi

J28 hk MAEQDJS£ CHAïlLLAnD.

d'éfyrouver les avantages de son système bt refficacité de ses recettes.

La figure de Blum ne prévenait pas beau*» coup en faveur des résultats sérieux de son étrange pharmacopée ; il avait réellement de .la ressemblance avec un oiseau de la famille dés grues : ses yeux ronds , à fleur de tète , entourés de paupières rouges dépourvues de cils, son nez pointu comme un bec, sa bouche rentrée et sans lèvres , son front et son menton ;^âsi peu prononcés Tun que Vautre, ses joues bouffies et luisantes , ses cheveux relevés en crête 4 et enfin son cou maigre d'une longueur démesurée, complétaient un ensemble de phy- sionomie tput-à-fait bouffonne. Ce n'étaient pas les seules analogies qui rapprochaient du genre volatile ce grave docteur germanique ; on retrouvait encore Toiseau dans ses gestes , dans son marcher et surtout dans sa voix aigre , criarde , gazouillante à tel point qu'on avait besoin d'une grande attention pour l'en- tendre parler et pour le suivre à travers la

s

confusion de ses paroles. H sautillait en mar- chant, il remuait la tète en parlant, lise tenait souvent debout sur un pied, il se grattait sans cesse par tout le corps, avec un mouvement rapide et imprévu. Quand une fois on avait remarqué che« lui ces bizarres* rapports de forme et d'habitude», Tillusion devenait de plus en plus frappante , et Ton s'imaginait le voir couvert de plumes noires et toujours prêt à battre des ailes pour s'envoler. Le docteui* avait, en outre, quelques-^unes des imperfec' lions intellectuelles de la gent ailée, le défaut de mémoire, Timprévoyance, Tobstination et quelquefois la stupidité. Il étaU mieux partagé du côtè^jJA^alités qu'il devait à, son origine plus éleVâe dans l'échelle des êtres : obligeant, désiméressé , charitable, il n'avait dans l'âme qu^une passion unique , celle de faire le bien, et il croyait se consacrer au bonheur de l'hu- manité en travaillant avec zèle, par théorie, non seulement à multiplier la population, mais encore à la perfectionner matériellement.

30 tk MARQUISE DE ÇHATILLAID*

Eh bien I eh bien ! monsieur le marquis, dit-il en s^vançant jusqu'au chevet du lit et en soulevant le ride^u^ cjue M. de Ghatillard referma y comme honteux de se montrer.

Eh bien ! reprit le marquis avec un ton brusque et grondeur en se repjongeant dans ses draps pendant que la marquise s'y cachait aussi.

Eh bien! somnres-nous eoqtens? avons- nous réussi ? Voilà trois heures que j'attends à cette porte, et jamais je ne fus plus satis-- fait d'attendre

Votre satisfaction pouvait mieux choisir son temps, interrompît le marquis irrité de ces félicitations inopportunes q^ii Insultaient à son malheur. .' ^ .

J'aurais attendu toute la journée san^ m'en plaindre , répliqua le docteur dont l'es- prit n'était pas trop compréhensif ; car je pen- sais bien que vous dormiez

; Vous pensiez très mal, monsieur, repar- tit M. de Ghatillard qui n'osa pas rompre avec

' CÀLU|ÉDISTI.

»

Blulfi^u'il aimait et qu'il regardait comme un très habile hotnme, malgré l'avortement de tâat de promesses et d'expériences pendant le cours de dix années. Oui , docteur, reprit-- 4 d'une voix abattue, j'y renonce I

Vous y renoncez ! s'écria Blum atterri^ Quoi { le courage vous manque au mooi#nt du wfoooA l lorsqu'il ne vous fiiudrait qu'un f^ devcrionté! vous y renoncez!....

Hélas I docteur, je n'ai que cela, d6 la volonté , et cela ne mène pas loin 1 Voua m'a- viez pourtant promis , juré

Sans doute, je vous ai promis que vous finiriez par avoir un enfant , des enfans, beau- coup d'enfans, et je vous le promets encore.

Vous me le promettrez jusqu'à ce que je meure, mon cher Blum, dit mélancolique- ment M. de Ghatillard qui n'avait pas la force d'en vouloir à son médecin.

Monsieur le marquis!.... Tenez ^ pour vous tranquilliser, je puis vous fixer une épo»

32 , r.A «AnQrisi que certaine vous messe ; dans neuf m<

Dans neuf mois i

â'aatre terme. Neuf i ^ j

à tout, et depuis dix ans vous m'ajournez à neufittois

Oui, vraiment, neuf mois, répondit avec ehrieur et sans se déconcerter l'empirique qui était de bonne foi dans ses doctrines. Se- rais-je digne de votre confiance, monsieur le marquis, si je vous procréais, après six ou 6q>t mois, un petit marmot, chélif> imparfait, à peine viable , ainsi que la plupart des enfans faits au hasard, sans aucune intelligence de la saison, du jour, du moment, sans aucun principe callipédique?....

£h! mon pauvre Blum , il ne s'agit pas pour moi , interrompit le marquis découragé , d'avoir un enfant accompli ; et peu importe qu'il laisse quelque chose à désirer dans son individu, pourvu qu'il existe, pourvu qu'il porte mon nom

LE CArUPÉDISTB. 33

Allons, allons, monsieur le marquis, reprit dédaigneusement l'entêté docteur, vous parlez comme le vulgaire, et l'on dirait que je ne vous ai pas lappris combien de conditions étaient requises dans mon art pour obtenir un beau résultat qui nous fasse honneur à tous deux!

Ce beau résultat, croyez -vous qu'il vienne jamais ? Quant à moi, je ne le crois plus; non, mon cher docteur, c'est fini !

Finit s'écria le médecin en bondissant d'impatience et en se promenant avec vivacité devant le lit de son élève. Vous doutez de tout I

-* J'ai soiicante^dix ans , Blum I répondit le marquis , que la clarté venant de la porte ouverte permettait de voir assis sur son lit, les bras croisés, la tète penchée en avant, dans la posture la plus expressive d'un pro- fond abattement. Soixante et dix ans 1 soupi- rait-il.

Qu'est-ce que cela fail? repartit fière-

I. ô

s

!■

X

54 E*A MARQUISE DE CHATItLAEO.

inent le docteur qui s'arrêta tout à coup en heurtant du pied un débris de la fiole que M. de Chatillard avait rendue victime de sa mauvaise humeur. Juste ciel ! monsieur le

«

marquis , que vois-je ?

- Ce n'est rîen, mon ami, dit le marquis, craignant d'offenser la susceptibilité doctorale de Blum, c'est une bouteille cassée.

Vous ne voyez là-dedans qu'une bou- teille cassée! répliqua le caliipédiste indigné de ce qu'il prenait pour une insulte adressée à sa science. MalKieûrenx ! cette bouteille con- tenait un élixir que j'avais composé, extrait et distillé avec autant de soin que si c'eût été poùi^ ^rpétuéi* la famille impériale de Hàps- bbiirfe! Celtfe bouteille, qUe dès SbUvërâîriS auraient dbhelée bien cher, cônteilait en get*itië r héritier deâ Ch^tillafd ) . . .

-*Mrôil Dîèdî WSsûféi-Vôu^, ttitta ché*, ce qif èliè bbdtètaàit n'est pas {terdu ou plutôt n'a pas été renversé, car la fiole était vidé quand elle est tombée.

II CÀLLIPBDISTI. 35

Àhl j'en suis bien aise, reprit d'un air triomphant le docteur qui oubliait déjà le dés^pbintemént clu marquis et le regardait ep se frottant les mains.

J'ai avalé votre drogue , en eîTet ; mais madame la marquise ne s^en est pas aperçue.

A , . . .

N'est-ce pas 9 madame la marquise?

Pas possible! répéta plusreurs fois àlum, consterne et non encore convaincu. Vous êtes donc marbre, marquis?

Vous savez bien ce que je suis l nélas !.. « Vous m'aviez annoncé des miracles, et pour- tant deknahde2 à madame la marciufse...

6i madame la marquise ne le disait pas ,

je vous avoue qae je serais incrédule... tliie

préparation des plus énergiques ! j'avais cette fois triplé la dosé, et je suis sûr de -mes re- cettesl...- En vérité, nouis avons du liiàlhèui', ifharquls, et li'y conçois plus rieii môN

«

iiaème.

froUèi«ar â^àntàl's, je VD(ii( cbhjdré ^e foire soMiV ëéi homme ^ (lit I ^ài Uàk'k

36

LA MARQUISE DE GHATirLARD.

marquise qui rougissait sous les draps d'ôtrc partie intéressée dans cet entretien' sur une matière si épineuse. Vous pouvez continuer ailleurs votre ridicule conversation.

Venez dans mon cabinet , Blum, dit M. de Chatillard qui alongea hors du lit ses jambes décharnées et tremblotantes pour chercher ses pantoufles, et qui se leva avec eflbrt comme un grand squelette à ressorts rouilles. Vous riez, madame la marquise?

Moi, monsieur! répliqua-t-elle en s'a- vançant au bord du lit qu'il avait quitté et en montrant un visage qui n'était pas trop riant, j'ai fort envie de rire, je vous affirme : il est plus de midi , et je ne suis pas encore à ma toilette !

Vous pensez à votre toilette! murmura le marquis en tournant/ vers elle une figure jaune, maigre et ridée qui grimaçait sous une coiffure de nuit chargée de rubans et qui ma- nifestait plus de surprise que de dépit. Lorsque la race des Chatillard a cessé d'être !

LE CALLKPÉDISIE. 5y

Bah ! vous n'êtes pas mort, monsieur le marquis, dit Blumqui lui offrait le bras pour le soutenir, et fussiez-vous mort!...

Blum, riez pas! interrompit M. de Ghatillard dont Tidée fixe était la crainte d'ex- citer chez les autres un sentiment de pitié